mythologique
Dans un discours de vérité, la pensée discursive tend à subordonner l’opinion à la preuve, donc l’image au concept, mais la pensée holistique, poussée par le désir de croire, contourne cette hiérarchisation et permet à l’image de prendre la forme d’un concept ou de l’assimiler. Le mythe est le «raccourci» que prend la pensée pour susciter la production de signes d’existence (émotions), une activité cervicale dont la première opération est la suspension de la vérification. L’énonciation d’une vérité non vérifiée à laquelle on peut adhérer pleinement, c’est-à-dire corps et âme, subordonne ainsi la fonction démonstrative à la fonction illustrative. La propension de l’hémisphère gauche à inférer fait du mythe l’outil logique le plus usité.
Lorsque la pensée discursive, pour éviter la dissémination sémantique de l’iconicité analogique, ramène l’image à un concept, la production de signes est allégorique, la fonction illustrative y est subordonnée à la fonction démonstrative. L’allégorie ramène les signes d’existence à des signes d’essence.
Au niveau mythologique, les différentes croyances qui emportent l’adhésion émotive du sujet pensant reflètent les différentes structures de la pensée, c’est à dire les différentes hiérarchisations des modes de pensée.
- Croire que chaque personne est unique (mythe de l’originalité), c’est nier la banalisation (mythe de l’indifférenciation), c’est placer le symbole au dessus de l’indice et ne laisser aucune place au jeu de l’iconicité. Nous trouvons l’illustration de ce mythe dans la figure emblématique d’Apollon.
- Croire qu’il existe une personne qui peut combler tous nos besoins, âme-sœur ou douce moitié (mythe de la complémentarité), c’est nier l’importance des liens de sang, c’est mettre en jeu l’iconicité instaurative qui nous permet de remplacer la mère par l’amie et poser l’équivalence entre indice et symbole. La figure emblématique de Aphrodite-Vénus gouverne, ici, la représentation.
- Croire que tout se vaut et que toute symbolisation de l’individualité est une illusion (mythe de l’indifférenciation), c’est prioriser l’indice et placer le signe d’existence au dessus du signe d’essence. C’est également, en poussant à bout l’iconicité, lui enlever toute prégnance. La figure de Dionysos prend vie à partir de ce mythe.
- Croire que la personne n’est que le véhicule de la reproduction de l’espèce (mythe de l’hérédité), c’est dépraver l’amour de son prestige, placer le lien familial au dessus de tout engagement et mettre en jeu l’iconicité réductrice qui permet de récupérer les indices dans la symbolisation. Hermès-Mercure, ici, nous sert de figure emblématique.
Les récits mythiques organisent les différents mythes en hiérarchies : l’originalité domine le récit mythique d’Hercule et de Pénélope; la réciprocité celui de Narcisse et de Psyché; l’indifférenciation celui d’Œdipe et d’Ariane; et l’hérédité celui d’Ulysse et de Pandore.
Tout assemblage de mythes en séquence ordonnée incite la pensée à préparer, par la voie des émotions ou celle des idées, un plaisir particulier. En ce sens, l’art est utile à la pensée. Le style de l’artiste cherche une complémentarité essentielle dans l’esthétique de l’usager.
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