esthétique
L’usage des mythes dans les représentations artistiques est relié aux différents plaisirs visés par la pensée : le plaisir critique de la saisie rationelle, le plaisir érotique de la compassion pour son semblable, le plaisir antérotique de l’abandon à l’autre adoré ou le plaisir panique de la négation de son identité ou de son centre de gravité.
La pensée se sert donc de l’art pour inciter l’âme à se déplacer (faire des mouvements) vers les états qui lui procurent ces plaisirs.
- l’esthétique rationaliste place la symbolisation au sommet de la hiérarchie des opérations mentales; le sujet pensant y recherche le plaisir critique de l’affirmation de soi. Cela suppose qu’il passe d’un état de mêmeté (se sentir comme l’autre) à un état d’identité (se sentir distinct). Le mythe de l’originalité et le thème de l’héroïsme y jouent un rôle capital. Le style baroque qui allie la maîtrise technique à l’expression de l’originalité, s’inscrit dans cette démarche esthétique.
exemples : l’idéalisme rationaliste de Descartes, le Bach des fugues
- l’esthétique romanesque a pour moteur l’iconicité instaurative; le sujet pensant y recherche le plaisir antérotique de l’abandon de soi à l’autre idéal. Le mythe de la réciprocité et le thème de l’amour y incitent les artistes à adopter le style académique, qui allie maîtrise technique et convention. Le "sublime" y figure comme une catégorie spécifique.
exemples : l’idéalisme métaphysique (Kant), Michel-Ange, Ingres, le Bach des chorals, Mozart
- l’esthétique tragique fait de l’indice le signe principal; le sujet pensant y recherche le plaisir glaçant de l’effroi. Le mythe de l’indifférentiation et le thème de la mort y jouent un rôle central. Le style panique, qui allie convention (par la négative) et laisser-aller, y assure la mobilisation angoissante du sujet pensant. L'"horreur" peut y être considérée comme une catégorie spécifique.
exemples : le réalisme morbide, Dada, le punk.
- l’esthétique ironique a pour moteur l’iconicité logique ou réductrice; le sujet pensant y recherche le plaisir érotique de se reconnaître dans l’autre. L’hérédité y est le mythe dominant, l’humanité le thème principal, et le style naïf, qui allie spontanéité (laisser-aller) et expression de l’originalité de la personnalité, s’inscrit dans cette démarche esthétique. Le «ciute» y figure comme une catégorie spécifique.
exemples : le réalisme naïf (Walt Disney), l’abstraction lyrique (Riopelle, Pollock), Picasso, jazz-blues
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